Hommage à Anne Rodet

Notre consœur Anne Rodet est décédée subitement à son domicile parisien dimanche 21 mars alors qu’elle s’apprêtait à recevoir sa famille. Rien ne pouvait en effet laisser présager sa disparition tant son enthousiasme, sa jeunesse d’esprit et sa curiosité étaient restés intacts au fil d’une longue vie tout entière vouée aux arts de la scène.

Elle avait fêté l’an dernier ses 90 ans, toujours bienveillante, dotée d’une vitalité sans pareille, à l’écoute autant de ses enfants et petits-enfants que de ses amis. Sa carrière s’est inscrite dans l’histoire de la presse écrite et à été marquée par un engagement constant au nom du spectacle vivant. A Lyon, sa ville natale, elle suit d’abord des études musicales au Conservatoire de la capitale des Gaules, pratique la harpe. Très vite, sa tessiture de soprano léger et son rayonnement attirent l’attention de l’Opéra de Lyon dont elle intègre la troupe. Elle s’illustre dans des rôles comme Siebel ou Chérubin qui conviennent à son tempérament vif-argent mais aussi à l’opérette. A Paris où elle s’installe plus tard, elle va mener une seconde carrière, ouvre un théâtre pour enfants avec la comédienne Marthe Mercadier, puis se lance dans le journalisme avec le désir de mieux faire connaître les artistes. Elle participe ainsi à la rubrique Musique, Danse de « L’information du spectacle » puis crée le journal « Jours nouveaux » qui s’attache non seulement à relater les événements culturels de la capitale mais aussi à valoriser ceux des régions. Elle rencontre Sylvia Monfort qui lui confie le Secrétariat général de son théâtre puis devient son assistante pour la mise en scène de Théodore de Corneille. Toujours au fait de l’actualité, elle sera membre du Syndicat de la Critique, veillera sur les destinées de la Presse Musicale Internationale (Présidente de 2005 à 2006) et sur celles de l’Académie du Disque Lyrique en tant que Trésorière.

Derrière son sourire et cette attention aux autres, Anne prodiguait une leçon de vie et de dynamisme. Son existence ne sera pourtant pas un long fleuve tranquille avec le décès prématuré de son mari, celui plus récent de son fils, et ces derniers temps des accidents de santé dont elle triomphera par sa ténacité et son courage. Elle avait pris un peu de recul mais restait active, assurant des interviews d’artistes pour la revue « Audiens ». On la croisait régulièrement aux générales d’opéras ou aux concerts qu’elle suivait avec une passion inaltérable. Tous ceux qui l’on connue n’oublieront pas sa présence chaleureuse, son hospitalité innée et cette manière incomparable de fédérer toutes les énergies pour le seul amour désintéressé de l’Art.

Michel Le Naour

[HOMMAGE] Mort d’une cheville ouvrière de la critique

Dominique Darzacq, présidente d’honneur du Syndicat de la critique, s’est éteinte le 8 janvier. Elle allait avoir 89 ans.

On la reconnaissait de loin à sa frêle silhouette. Pas très grande en taille mais forte en gueule, incroyablement pudique, elle a consacré toute sa vie à l’exercice de la critique dramatique dont elle fut, jusqu’à son dernier souffle, une représentante émérite.

Ses premiers articles paraissent dans “Combat”. Indépendante jusqu’au bout de sa plume, elle a écrit pour “Connaissance des arts”, “Le Monde”, “Révolution”, “Le Journal du Théâtre”, “Théâtre Aujourd’hui” et, ces derniers temps, pour “Webtheatre”, un blog théâtral animé entre autres par notre confrère Gilles Costaz…  Chroniqueuse un temps à France Inter, elle avait intégré l’ORTF avant de se faire virer en 68 après les grandes grèves qui avaient paralysé l’audiovisuel public. C’est Yves Mourousi qui lui offre la possibilité de revenir à la télévision où elle animera une émission théâtrale sur TF1. Elle avait aimé travailler avec ce journaliste qui lui ouvrait sans soucis son “JT” de 13h : “il ne me demandait même pas de quoi j’allais parler. Il me faisait confiance, et je parvenais à balancer des sujets de plus de 6mn” me racontait-elle. Pour l’INA, elle a réalisé des documentaires précieux, désormais étudiés à l’université, sous le titre Mémoire du théâtre. Elle a ainsi réalisé le portrait d’Hubert Gignoux, Roger Planchon, René Allio, Jorge Lavelli, Isabelle Sadoyan, Aurélien Recoing, Antoine Bourseiller ou encore Jean-Pierre Vincent. Avec ce dernier, ils ont écrit ensemble Le désordre des vivants. Mes quarante-trois premières années de théâtre en 2002. En 2006, elle publie Mission d’artistes : les centres dramatiques de 1946 à nos jours tandis qu’en 1985, elle avait consacré un ouvrage au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, Du théâtre comme il n’était pas à prévoir mais comme il est à espérer.

Membre très active du Syndicat professionnel de la critique dramatique, c’était une figure qui pouvait impressionner les plus jeunes d’entre nous, une lectrice attentive des uns et des autres. Elle fut un soutien, un pilier, une référence pour beaucoup d’apprentis critiques, une militante sans faille du théâtre et de la critique, curieuse des artistes, des créations. Ses critiques étaient travaillées, chaque mot ayant son importance, cherchant à dégager des horizons.

En juin, sa compagne de toute une vie, Martine Spangaro, disparaissait des suites de “ce maudit crabe” comme elle disait. Martine avait dirigé le théâtre de Sartrouville et, ces dernières années, le théâtre du Petit Louvre, l’un des lieux les plus intéressants du Off d’Avignon. “La vie sans elle n’a plus de saveur” me confiait-elle il y a quelques jours, depuis que “ma moitié solaire n’est plus”. Elles se sont aimées pendant quarante ans, courageusement, joyeusement, face à l’adversité. Leurs vies étaient entièrement dédiées au théâtre. Jusqu’au bout, malgré son cancer dont elle ne parlait jamais, Dominique est restée cette journaliste curieuse du théâtre sous toutes ses coutures sans se préoccuper des modes “qui ne font que passer” comme elle disait.

Marie-José Sirach, Présidente du Syndicat de la critique.

 

Article paru dans le journal L’Humanité

https://www.humanite.fr/theatre-mort-de-dominique-darzacq-cheville-ouvriere-de-la-critique-698531

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Nous avons l’immense tristesse de vous annoncer le décès de notre très chère consœur et Vice-Présidente d’Honneur du Syndicat Professionnel de la critique Dominique Darzacq, survenu ce vendredi 8 janvier.

Journaliste, critique émérite, Dominique Darzacq a travaillé notamment à France Inter, Connaissance des Arts, Le Monde, Révolution et à TF1.

Elle a aussi collaboré à diverses revues et publications, notamment, le Journal du Théâtre, Itinéraire et Théâtre Aujourd’hui.

Dominique a également réalisé pour l’INA, « Mémoire du théâtre », une remarquable série d’entretiens-portraits avec les grandes figures : Hubert Gignoux, Roger Planchon, René Allio, Jacques Mauclair, Jean-Pierre Vincent, Jorge Lavelli, etc.

Elle était Officier des Arts et des Lettres.

Sa mort nous plonge dans une immense peine. Elle s’en est allée retrouver sa compagne de toute une vie, Martine Spangaro, qui s’est éteinte il y a quelques mois à peine.

 

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Conversations critiques

En partenariat avec des festivals et/ou des institutions théâtrales, le Syndicat de la critique propose des Conversations critiques.Réunissant (selon les cas) des critiques de la presse nationale, de la presse régionale et de la presse internationale, les débats, animés par Marie-José Sirach, sont suivis d’échanges avec les spectateurs. Initiées en 2011 dans le cadre et en collaboration avec le Festival d'Avignon, les Conversations critiques ont depuis essaimé.

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