Une des reines du bel canto, Montserrat Caballé nous a quitté le 6 octobre dernier à l’âge de 85 ans. Espagnole jusqu’au bout des ongles, la jeune cantatrice poursuit ses études de chant à Barcelone puis à Milan avant de faire ses débuts professionnels à l’Opéra de Bâle. Ses premières années sont consacrées principalement aux scènes allemandes, osant même la Salomé de Richard Strauss, un de ses compositeurs d’élection. En 1965, elle remporte un triomphe spectaculaire à New-York en remplaçant en dernière minute Marylin Horne dans la Lucrezia Borgia de Donizetti avant de débuter à Paris l’année suivante. Le bel canto italien s’impose désormais à elle : son légato y fait merveille, comme la somptuosité de son aigu et de ses demi-teintes. Pour Montserrat Caballé, la beauté du chant prime tout. Sa carrière s’envole et elle se produit sur toutes les plus importantes scènes lyriques du monde durant les décennies suivantes. Montserrat Caballé comptait plus de 100 rôles à son actif et un nombre impressionnant d’enregistrements. Le public français se souvient avec admiration de ses concerts parisiens dans les années 60/70/80 Salle Pleyel (Anna Bolena de Donizetti, Adriana Lecouvreur de Cilea avec Placido Domingo, Caterina Cornaro de Donizetti avec son compatriote Giacomo Aragall), de ses Norma, Turandot, Ariane au Palais Garnier. Mais sa miraculeuse prestation de Norma luttant de tous ses voiles contre le terrible mistral aux Chorégies d’Orange en 1974 a marqué durablement les mémoires (elle considérait cette prestation comme la meilleure de sa carrière), tout comme sa Sémiramis de Rossini légendaire au Festival d’Aix-en- Provence en 1980 avec Marylin Horme et Samuel Ramey, production reprise l’année suivante au Théâtre des Champs-Elysées ! Elle fit ses adieux à la scène lyrique à l’Opéra de Vienne en 2007 dans le rôle plutôt parlé et amusant de la Marquise de Crakentorp de la Fille du Régiment de Donizetti, fêtant ses 50 ans de carrière au Liceu de Barcelone en 2012. J’ai eu le privilège d’entendre

Montserrat Caballé à de nombreuses reprises durant de ses années de grande carrière : l’émotion surgissait toujours de cette voix unique, plus que de l’investissement dramatique de l’interprète qui cependant s’est affermi au fil du temps.

José Pons