Dominique Darzacq, présidente d’honneur du Syndicat de la critique, s’est éteinte le 8 janvier. Elle allait avoir 89 ans.

On la reconnaissait de loin à sa frêle silhouette. Pas très grande en taille mais forte en gueule, incroyablement pudique, elle a consacré toute sa vie à l’exercice de la critique dramatique dont elle fut, jusqu’à son dernier souffle, une représentante émérite.

Ses premiers articles paraissent dans “Combat”. Indépendante jusqu’au bout de sa plume, elle a écrit pour “Connaissance des arts”, “Le Monde”, “Révolution”, “Le Journal du Théâtre”, “Théâtre Aujourd’hui” et, ces derniers temps, pour “Webtheatre”, un blog théâtral animé entre autres par notre confrère Gilles Costaz…  Chroniqueuse un temps à France Inter, elle avait intégré l’ORTF avant de se faire virer en 68 après les grandes grèves qui avaient paralysé l’audiovisuel public. C’est Yves Mourousi qui lui offre la possibilité de revenir à la télévision où elle animera une émission théâtrale sur TF1. Elle avait aimé travailler avec ce journaliste qui lui ouvrait sans soucis son “JT” de 13h : “il ne me demandait même pas de quoi j’allais parler. Il me faisait confiance, et je parvenais à balancer des sujets de plus de 6mn” me racontait-elle. Pour l’INA, elle a réalisé des documentaires précieux, désormais étudiés à l’université, sous le titre Mémoire du théâtre. Elle a ainsi réalisé le portrait d’Hubert Gignoux, Roger Planchon, René Allio, Jorge Lavelli, Isabelle Sadoyan, Aurélien Recoing, Antoine Bourseiller ou encore Jean-Pierre Vincent. Avec ce dernier, ils ont écrit ensemble Le désordre des vivants. Mes quarante-trois premières années de théâtre en 2002. En 2006, elle publie Mission d’artistes : les centres dramatiques de 1946 à nos jours tandis qu’en 1985, elle avait consacré un ouvrage au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, Du théâtre comme il n’était pas à prévoir mais comme il est à espérer.

Membre très active du Syndicat professionnel de la critique dramatique, c’était une figure qui pouvait impressionner les plus jeunes d’entre nous, une lectrice attentive des uns et des autres. Elle fut un soutien, un pilier, une référence pour beaucoup d’apprentis critiques, une militante sans faille du théâtre et de la critique, curieuse des artistes, des créations. Ses critiques étaient travaillées, chaque mot ayant son importance, cherchant à dégager des horizons.

En juin, sa compagne de toute une vie, Martine Spangaro, disparaissait des suites de “ce maudit crabe” comme elle disait. Martine avait dirigé le théâtre de Sartrouville et, ces dernières années, le théâtre du Petit Louvre, l’un des lieux les plus intéressants du Off d’Avignon. “La vie sans elle n’a plus de saveur” me confiait-elle il y a quelques jours, depuis que “ma moitié solaire n’est plus”. Elles se sont aimées pendant quarante ans, courageusement, joyeusement, face à l’adversité. Leurs vies étaient entièrement dédiées au théâtre. Jusqu’au bout, malgré son cancer dont elle ne parlait jamais, Dominique est restée cette journaliste curieuse du théâtre sous toutes ses coutures sans se préoccuper des modes “qui ne font que passer” comme elle disait.

Marie-José Sirach, Présidente du Syndicat de la critique.

 

Article paru dans le journal L’Humanité

https://www.humanite.fr/theatre-mort-de-dominique-darzacq-cheville-ouvriere-de-la-critique-698531

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