Une forte personnalité de l’univers de la danse, la danseuse et chorégraphe française Françoise Adret qui fut une exigeante «maître de ballet» en France et hors de France, nous a quittés le 1er avril 2018 à l’âge de 97 ans.

L’actuel Ballet de l’Opéra de Lyon qui rayonne dans le monde entier, lui doit sa personnalité et sa notoriété de compagnie permanente ouverte à la danse de son temps. De 1985 à 1992, à la demande de Louis Erlo, directeur de l’Opéra de Lyon, elle en fut la directrice dont le mandat débuta par un coup de maître, la commande de «Cendrillon » à Maguy Marin. Auparavant, elle avait fondé et dirigé le Ballet de l’Opéra d’Amsterdam (1951-1958) et le Ballet de l’Opéra de Nice (1960-1963) où elle signa plusieurs chorégraphies.

Françoise Adret fut en France une actrice des débuts d’une autre aventure artistique, comme «maître de ballet», celle de la décentralisation de la danse, avec la création du Ballet Théâtre Contemporain aux cotés de Jean–Albert Cartier, à Amiens puis à Angers de 1968 à 1978.

Elle fut appelée ensuite au Ministère de la Culture (1978-1985) comme inspectrice de la danse, ce qui lui permit de soutenir l’installation dans les conservatoires de l’enseignement de la danse contemporaine.

Jusqu’à un âge avancé, elle fut requise dans les situations de crise, comme au Ballet du Nord en 1994 et 1995 et au Ballet de Nancy en 1999. L’étranger continua aussi à la solliciter comme «maître de ballet», de Séoul à Asunciôn en passant par Saint-Pétersbourg.

La danseuse Françoise Adret avait reçu une formation classique de professeurs exilés russes installés en France après la Révolution d’octobre. Après la Libération elle fut engagée par l’Opéra de Paris et se fit remarquer en créant en 1948 le «Pas d’acier» dans la version de Serge Lifar qui avait su tirer partie de son énergie exceptionnelle compensant une petite taille. La même année, elle signa sa première chorégraphie «Conjuration» (poème de René Char, décor de Georges Braque, musique de Jacques Porte). Liée à Roland Petit, elle fut dans les années 50 son «maître de ballet et le retrouva à Marseille en 1997-1998.

Personnalité curieuse des mouvements artistiques de son temps, dotée d’un caractère fort, le verbe haut, Françoise Adret témoigna, en restant fidèle à un style néo-classique, d’une ouverture d’esprit qui contribua largement , pendant un demi-siècle, au développement et au rayonnement de la danse française.

Yves Bourgade