Le grand chef d’orchestre français Georges Prêtre est décédé le 4 janvier 2017 à l’âge de 92 ans. L’Association professionnelle de la critique salue la mémoire de cet éminent artiste plusieurs fois récompensé par les membres de l’association au cours de sa longue et fructueuse carrière.

Revendiquant sa liberté d’interprète, se vouant exclusivement à la musique, homme au caractère fort, doté d’une énergie foudroyante, il fut tout autant admiré que parfois contesté, notamment dans son pays d’origine. C’est d’ailleurs par ses prestations à l’étranger que la reconnaissance vint en premier avant de pleinement s’imposer en France. Il étudie le piano au Conservatoire de Douai dans cette région du Nord qu’il aimait tant, puis intègre le Conservatoire de Musique de Paris en 1944. Il étudie l’harmonie auprès de Maurice Duruflé. Un autre de ses maîtres sera Olivier Messian.

Auprès d’André Cluytens, il se découvre une passion pour la direction d’orchestre, discipline à laquelle il va désormais de consacrer à plein temps. Il débute dans la fosse de l’Opéra de Marseille en 1946, épousant en 1950 Gina, fille du directeur de l’Opéra Jean Marny, qui sera la mère de ses deux enfants et sa compagne de toute une vie. Rapidement, sa carrière de chef lyrique prend son essor. Georges Prêtre dirige notamment les créations de la Voix Humaine de Francis Poulenc (1959) sur un texte de Jean Cocteau à l’Opéra-Comique avec sa chère Denise Duval, elle-même récemment disparue, puis au Théâtre des Champs-Elysées (1962) de l’Opéra D’Aran de Gilbert Bécaud. Il se produit en même temps au Palais Garnier.

Bien entendu, sa collaboration avec Maria Callas à partir de 1961(enregistrement pour EMI d’airs d’opéras français) et 1962 (premier concert à Londres) occupe une place fondamentale. Il dirige la cantatrice dans Norma à l’Opéra de Paris en 1964 et 1965, avant d’enregistrer avec elle-toujours pour EMI-, les intégrales de Carmen et de Tosca. C’est avec Tosca justement que Maria Callas met un terme à sa carrière lyrique au Covent Garden de Londres en juillet 1965, avec Prêtre au pupitre.

Georges Prêtre retrouve la fosse de l’Opéra de paris dans les années 1970 avant de diriger en juillet 1989 le concert d’inauguration de l’Opéra Bastille. Dès 1962, la carrière de Georges Prêtre prend par ailleurs une dimension internationale au titre de la musique symphonique avec notamment une collaboration houleuse avec Herbert Von Karajan. Avec l’Orchestre Symphonique de Vienne, une lune de miel de 50 années s’instaure. Nommé 1er chef invité de cette superbe phalange en 1986, il est nommé en 1991 chef d’honneur à vie. Il dirige à la demande de l’Orchestre Philarmonique de Vienne les fameux concerts du Nouvel An au Musikverien de Vienne en 2008 et 2010, premier chef français jamais invité à conduire cette illustre manifestation. Son dernier concert s’est déroulé dans cette même salle le 12 octobre dernier et lui valut un standing ovation.

Ami et propagateur privilégié de la musique de Francis Poulenc, Georges Prêtre bousculait les genres et les frontières. S’il fut un grand serviteur de la musique française, il mit autant d’ardeur à se mettre au service de l’opéra italien que de la musique symphonique allemande.

José Pons