Paul-Louis Mignon, Président d’Honneur de notre Syndicat est mort samedi 16 novembre. Avec lui, c’est un témoin attentif à la politique théâtrale et à ses recherches dramaturgique et scénique de la première moitié du XXe siècle qui disparaît. Disparaît également un de ceux qui, en 1960, avec Georges Lerminier et Renée Saurel rénovèrent le Syndicat de la critique pour en faire un organisme en phase avec la création de son temps et qu’il soit l’outil d’échanges et de réflexion qu’il est aujourd’hui.
Jeune étudiant, membre de la troupe du théâtre amateur de la Sorbonne, Les Théophiliens, il rencontre Charles Dullin qui l’engage comme secrétaire. A ses côtés il fera la connaissance des membres du Cartel, de Jean Vilar, de Jean-Louis Barrault avec qui il se liera d’amitié. Autant de rencontres qui, de son propre aveu, forgeront son amour du théâtre et un engagement professionnel jamais démenti.
En 1944, il a 24 ans, Jean-Paul Sartre le recommande à Albert Camus qui l’engage comme critique au journal Combat. Un peu plus tard, Jean Tardieu l’engage comme responsable de l’information théâtrale à ce qui était alors la Radiodiffusion Française. Un pied à la radio, l’autre à la télévision (1959-1974), il sera un des premiers à faire entrer le grand théâtre dans le petit écran avec la fameuse émission « Les Trois coups » émaillée de reportages et de tribunes critiques. Chef du service culture à France Inter jusqu’en 1985, il n’a cessé d’œuvrer pour rendre présente à l’antenne la création dans toute sa diversité, non seulement du théâtre aussi bien privé que public, mais aussi dans toutes les disciplines. C’est lui, en effet, qui initia en 1974 la création du Prix du livre Inter.
« Si le dialogue naturel de la création théâtrale et l’esprit critique venait à s’interrompre, c’est la création elle-même dans sa fécondité, dans ses bonheurs comme dans ses faiblesses, qui serait menacée » écrivait –il dans l’article « Art dramatique et critique, un siècle de dialogue nécessaire », publié dans les deux derniers numéros de la Lettre du Syndicat (*). Erudit autant qu’engagé, ce dialogue il l’entretenait également à travers de nombreux ouvrages consacrés au théâtre : « Panorama du théâtre au XXe siècle », « Le Théâtre contemporain », ou à ses créateurs : Jean Dasté, Armand Salacrou, Jean-Louis Barrault, Louis Jouvet…
Secrétaire général du Centre Français du Théâtre pendant plusieurs décennies, il fut Président du Syndicat de la critique de 1964 à 1967 et de 1973 à 1976. En tant que Président d’Honneur, son implication sans faille a sans nul doute favorisé le soutien financier octroyé au Syndicat par l’Académie des Beaux-Arts à laquelle il appartenait depuis 1993 et dont il réanima la prestigieuse revue.
Jusqu’à la fin Paul-Louis Mignon aura marqué d’une belle et exigeante empreinte l’art de la critique dramatique.

Dominique Darzacq, membre du Comité du Syndicat de la Critique

(*) L’article « Art dramatique et critique, un siècle de dialogue nécessaire » est consultable dans son intégralité en cliquant ICI.